Pardaillan continua sa rêverie jusqu'au moment où il entendit sonner dix heures.
Alors, il descendit sans bruit, se fit reconnaître du suisse et sortit de l'hôtel en prévenant le digne gardien qu'il rentrerait peut-être fort tard dans la nuit; que, s'il ne rentrait pas du tout, il aurait entrepris un voyage.
Cependant, Pardaillan s'était éloigné. Il descendit sans hâte jusqu'à la Seine et, comme le passeur était couché, s'en alla traverser le fleuve au Grand Pont, qui porte aujourd'hui le nom de Pont au Change.
Pardaillan, tout flânant et sans se hâter, se dirigea vers le Temple, et il était à peu près onze heures lorsqu'il atteignit l'hôtel de Mesmes.
Sur sa façade, l'hôtel paraissait endormi.
Pardaillan en fit le tour. Sur les derrières, on l'a vu, se trouvait un jardin clôturé d'un mur.
Le vieux routier escalada le mur avec cette agilité qui était telle encore qu'elle excitait l'admiration de son fils.
Parvenu à la porte de l'office qui donnait sur le jardin, il commença à manoeuvrer pour forcer les verrous au moyen de sa dague. Il était minuit lorsque Pardaillan, à sa grande satisfaction, vit la porte s'ouvrir.
L'instant d'après, il était dans l'intérieur de l'hôtel. Pendant le séjour qu'il y avait fait, Pardaillan avait assez étudié la localité, selon son expression, pour être sûr de s'y conduire les yeux fermés. Il traversa donc le vestibule de l'office, enfila le couloir où se trouvait la fameuse entrée des caves et sourit en se rappelant la grande bataille qu'il avait soutenue là.
Parvenu à la partie antérieure de l'hôtel, il commença à monter un large escalier et arriva au premier étage; puis, ayant longé un corridor, il s'arrêta devant une porte: c'est là que commençait l'appartement particulier du duc de Damville.