C'est pourquoi la foule ne s'ouvrit pas: elle voulait massacrer elle-même les deux huguenots qui, la dague à la main, immobiles, contenaient encore par leur attitude les enragés qui les entouraient.

Les deux jeunes gens échangèrent un regard; ils semblaient se dire:

«Nous allons mourir là, mais, avant de tomber, nous en découdrons bien quelques-uns?»

—Tue! Tue! vociférait Maurevert. Les huguenots à la hart!...»

Il y eut comme un vaste tourbillonnement de la foule; des milliers de poings se levèrent...

Mais, à ce moment, comme si un grand souffle eût abattu toute cette fureur, la foule retomba à genoux en criant:

«Miracle!... Voici le saint!...»

Le saint, c'était frère Lubin qui, ouvrant la porte du couvent où son supérieur l'avait rappelé, la mission laïque du frère étant terminée, le moine Lubin, donc, apparaissait, les bras ouverts, la face rubiconde et, apercevant le chevalier, s'en venait à lui, la larme a l'oeil, en souvenir des innombrables fonds de bouteille dont Pardaillan l'avait gratifié à la Devinière.

«Ce digne chevalier! Ce cher ami!» bégayait le moine qui passait à travers la foule prosternée.

Maurevert et ses acolytes le suivirent en troupe. Pardaillan et Marillac avaient profité de ce répit inespéré pour rengainer leurs dagues et mettre l'épée à la main.