Un brouillard flottait devant ses yeux. Il ne songeait plus à rien... à rien qu'à atteindre Maurevert qui, à dix pas, commandait la manoeuvre, à le saisir, à l'étrangler avant de mourir.
Une clameur plus terrible retentit soudain:
Le chevalier venait de tomber une dernière fois et ne se relevait plus: à chacune de ses jambes, à chacun de ses bras, à sa poitrine, deux hommes, trois, quatre, toute une foule pesait.
«Des cordes!» vociféra alors Maurevert.
Quelques secondes plus tard, Pardaillan, solidement lié, était emporté dans le couvent; sur la chaussée, une dizaine de blessés étanchaient leur sang.
Et la foule, saisissant Lubin, le soulevait, le portait en triomphe et l'acclamait. C'était le saint qui avait arrêté l'hérétique! C'était le saint qui, rien qu'en l'enlaçant de ses bras, lui avait ôté sa force!
Maurevert était entré dans le couvent et avait eu une assez longue conférence avec le prieur. A la suite de cette conférence, il s'était fait conduire dans la cellule où le comte de Marillac avait été enfermé. Il portait sous son bras l'épée du comte.
—Monsieur, dit-il en entrant, vous êtes libre, voici votre épée.
Marillac ne témoigna ni joie ni surprise. Il saisit froidement la lame qu'on lui tendait et la remit au fourreau.
—Monsieur de Maurevert, dit-il, j'espère que nous nous retrouverons, dans des conditions meilleures, c'est-à-dire à un moment où vous n'aurez pas pris la précaution de vous entourer de vingt spadassins pour attaquer deux hommes.