Au moment où Lubin arrivait près de lui, l'un des gentilshommes, qui escortait Maurevert, lui porta un coup de pointe. Ce fut alors qu'il se fendit à fond et par un coup droit, traversa l'épaule de son adversaire. A l'instant où il se relevait et où il allait se jeter vers l'encoignure qu'il avait montrée à Marillac, le moine fut sur lui et l'enserra dans ses bras, en bégayant:

«C'est donc vous... Ah! que je suis heureux... Venez boire...»

D'une violente secousse, Pardaillan se débarrassa du moine, qui alla rouler à terre en murmurant:

«L'ingrat!...»

A ce moment, cent bras s'abattirent sur le chevalier; son épée fut brisée; en un instant, ses vêtements en lambeaux; le chevalier voulut saisir sa dague: Maurevert l'enleva.

Alors, on vit un spectacle inouï.

Désarmé, sanglant, le chevalier avait sur lui une masse humaine qui s'efforçait de l'écraser.

Et cette masse, il la soulevait, la secouait, la dispersait d'un formidable roulis des épaules; elle se reformait, l'accablait; il l'entraînait, roulait avec elle, se relevait, mordant, frappant de ses deux poings comme de deux béliers; des gens ensanglantés tombaient autour de lui; des hurlements effroyables, tout autour, éclataient dans la foule, tandis que le groupe frénétique attaché à lui luttait dans un silence farouche.

Presque assommé, du sang plein le visage et la bouche, Pardaillan, formidable, secouait la grappe humaine, comme le sanglier, enfin coiffé, peut secouer la meute.

Il soufflait d'un souffle rauque et bref.