Dans sa lettre, elle en appelait à son ancien seigneur et maître, elle clamait la félonie de Damville, elle demandait grâce et secours pour Loïse, sa fille, à lui, duc de Montmorency.

Une aube de gratitude et de joie s'était levée dans l'âme du vieux duc: il avait été, mais en vain, en appeler de son frère à la justice du roi, en vain il l'avait provoqué, sachant qu'il tenait en son pouvoir Jeanne et sa fille, en vain il avait fouillé Paris pour les retrouver, et il allait retomber dans sa nuit de deuil quand, de nouveau, le chevalier de Pardaillan était venu à lui.

Ce jeune homme, héros d'un autre âge, dont peut-être il devinait confusément le secret, l'avait conduit par la main à la demeure mystérieuse où se cachait tout ce qu'il avait aimé au monde, l'avait mis en présence de Jeanne de Piennes, la première duchesse de Montmorency.

L'heure tant espérée, après dix-sept ans de larmes et de deuil, était enfin sonnée.

Enfin, il retrouvait tout ce qu'il avait chéri et qui avait été la joie de son coeur, la moelle de ses os, l'essence même de son être; en un mot, celle qu'il avait aimée.

Hélas! comme une sève trop puissante fait craquer le bourgeon, le bonheur avait fait craquer le cerveau de celle qui avait été sienne.

Comment la retrouvait-il?

Folle?...

Jeanne de Piennes, dans les derniers jours de son martyre, alors qu'elle se sentait mortellement atteinte, ne vivait plus qu'avec une pensée:

«Il ne faut pas que je meure avant d'avoir assuré le bonheur de ma fille... Et quel bonheur peut-il y avoir pour la pauvre petite tant qu'elle ne sera pas sous l'égide de son père!... Oui! retrouver François, même s'il me croit encore coupable... mettre son enfant dans ses bras... et mourir alors!...»