Lorsqu'elle interrogea le chevalier de Pardaillan, lorsque celui-ci lui dit que c'était à un autre que lui de dire comment sa lettre avait été accueillie par le maréchal, Jeanne eut dès lors la conviction intime que François avait lu la lettre, et qu'il savait la vérité. Et elle attendit.
Lorsque le vieux Pardaillan lui annonça que le maréchal était là, elle ne parut pas surprise.
Aucune commotion ne l'agita. Seulement, elle murmura:
«Voici l'heure où je vais mourir!...»
La pensée de la mort ne la quittait plus. Elle ne la désirait ni ne la craignait.
Au vrai, elle se sentait mourir.
Qu'y avait-il de brisé en elle? Pourquoi le retour du bien-aimé n'avait-il provoqué dans son âme qu'une sorte de flamme dévorante et aussitôt éteinte? Elle ne savait.
Mais, sûrement, quelque chose se brisait en elle. Et elle put se dire: Voici la mort! Voici l'heure du repos!...
Elle étreignit convulsivement Loïse dans ses bras et murmura à son oreille quelques mots qui produisirent sur la jeune fille quelque foudroyant effet, car elle essaya en vain de répondre, elle fit un effort inutile pour suivre sa mère et elle demeura comme rivée défaillante, soutenue par le vieux Pardaillan.
Telle était l'immense lassitude de Jeanne, telle était la morbide fixité de sa pensée, qu'elle ne s'aperçut pas de l'évanouissement de Loïse.