Son plan devait être renversé par Maurevert qui, ayant capturé le chevalier de Pardaillan, fut chargé, par Catherine, de procéder à l'opération de la question. On a vu que la reine avait l'intention d'assister, cachée, à cette opération.
On a vu, en outre, que la reine avait fixé au samedi 23 août, dans la matinée, la torture des deux Pardaillan.
Et cette torture, qui devait être la vengeance de Maurevert, elle l'avait présentée au bravo comme la récompense de l'assassinat de Coligny.
Maurevert donnait un cadavre à la reine. La reine lui en donnait deux. C'était royalement payé.
Depuis l'instant où il avait été transporté dans le couvent, le chevalier n'avait pas ouvert les yeux. Il songeait. Le visage immobile, un pli d'ironie au coin des lèvres, il attendait le coup mortel. Car il ne doutait pas que Maurevert ne fût décidé à le tuer.
«Je voudrais bien savoir pour quel compte ce Maurevert m'assassine. Je ne crois pas qu'il ait gardé rancune du coup d'épée à revers dont je le souffletai; il n'en a gardé que la marque. Voyons, qui me fait tuer? La grande Catherine? Peut-être! Pourquoi? Parce que j'ai refusé de lui tuer son fils. Pauvre ami! Je crois que nous allons mourir ensemble... Loïse épousera le comte de Margency, voilà tout!»
Il fit un violent effort pour briser ses liens en se raidissant, en s'arc-boutant sur la tête et les pieds. Les cordes tinrent bon et il retomba en soufflant fortement.
Et, toutes les fois que le nom de Loïse revint dans son triste monologue, le même effort le tordit dans un spasme impuissant.
Une dizaine d'hommes entrèrent tout à coup. Pardaillan rouvrit les yeux, voulant regarder en face ses assassins. A sa grande surprise, il ne vit pas Maurevert, et ceux qui venaient d'entrer se contentèrent de le soulever et de l'emporter jusqu'à une voiture où il fut jeté tout ligoté. Au bout de vingt minutes, il comprit que la voiture passait sur un pont-levis. Puis il entendit le bruit grinçant d'une porte qu'on referme. Puis on le tira de sa prison roulante, et il reconnut qu'il était dans la cour du Temple. Il vit Maurevert qui causait avec un homme de haute taille, fort comme un hercule. Derrière cet homme, vingt gardes étaient alignés. Près de lui, deux geôliers portaient des flambeaux, car il faisait nuit.
—Monsieur de Montluc, disait Maurevert, vous êtes responsable de ces deux hommes jusqu'à samedi.