Pourtant, depuis plus de deux siècles, les Templiers avaient été exterminés, et les chevaliers de Malte, qui les avaient remplacés, s'étaient dispersés depuis longtemps.
La plupart des bâtiments tombaient en ruine dès cette époque.
Il ne restait plus guère de solide que la vieille tour où, deux cent vingt ans plus tard, Louis XVI devait être enfermé avant d'être conduit à l'échafaud.
En 1572, la Tour du Temple servait déjà de prison. Et déjà même François Ier l'avait employée à cet usage.
Le gouverneur s'appelait Marc de Montluc; c'était le fils de ce Blaise de Montluc qui, en Guyenne, tailla les huguenots avec tant d'ardeur qu'on l'appela le Boucher royaliste.
Marc de Montluc avait la tournure et l'âme d'un geôlier. C'était un homme de trente-cinq ans, cheveux roux en broussaille, encolure de taureau, visage flétri par les vices, regard sanglant—une belle brute qui ne s'apaisait que devant un flacon de vin ou devant une fille.
Le vieux Blaise de Montluc avait servi sous le connétable de Montmorency d'abord, puis sous le maréchal de Damville. Et c'était à Damville qu'il avait recommandé son fils. Le maréchal lui avait obtenu cette fonction de gouverneur du Temple.
Lorsque Damville se fut emparé du vieux Pardaillan, il l'expédia donc tout droit au Temple: il se méfiait de la Bastille, dont le gouverneur Guitalens, bien que de ses amis, ne lui semblait pas assez énergique.
Puis il rendit compte de sa capture à la reine Catherine, et s'en prévalut naturellement comme d'un grand service.
Le maréchal se réservait de questionner lui-même le vieux routier.