—Oui, oui, fit Marillac en souriant... Je n'insiste pas. Du moins, vous pouvez dire au chevalier que je serai ici mardi matin pour l'accompagner au Louvre.
—Oh! quant à cela, chose facile, dit le prieur avec bonhomie. La commission sera faite dans cinq minutes.
Le comte salua et se retira, l'âme ravie...
Et pourtant, il sentait peser sur lui une indéfinissable angoisse qui ressemblait vaguement à de la terreur.
—C'est la joie, s'affirma-t-il. Voyons, récapitulons tout mon bonheur. Demain matin, c'est le mariage du roi Henri à Notre-Dame. Bon. Après cela, je suis libre. Je demande un congé jusqu'au moment de l'entrée en campagne. Demain soir, à minuit... ma mère, oui, ma mère elle-même daigne conduire mon Alice à l'autel, et un prêtre m'unit enfin à celle qui est toute ma vie... Un prêtre! Bah! je puis bien faire cela pour ma mère!... Et puis, j'ai l'exemple du roi sous les yeux... Bon! Après-demain matin, je vais prendre Pardaillan, je le conduis au Louvre, j'obtiens pour le maréchal et sa famille une autorisation de franchir les portes... Nous partons tous!... Ah! ma mère! qui m'eût dit, il y a quelques mois, que je vous devrais tant de bonheur!»
Des groupes silencieux traversaient les rues. Il y avait, dans les profondeurs obscures de Paris, des rumeurs inaccoutumées...
«Les Parisiens se préparent aux grandes fêtes qui commenceront demain!» songea Marillac.
Le prieur avait menti en disant que le chevalier se trouvait encore dans son couvent; depuis plus d'une heure déjà, une escorte de vingt cavaliers, commandée par Maurevert, était arrivée: le chevalier, tout ligoté, avait été porté dans une voiture fermée. Et la voiture s'était élancée au galop, entourée par les cavaliers.
Elle s'arrêta devant la prison du Temple.
Le vaste enclos conservait encore, à cette époque, le nom qu'il avait reçu jadis au temps où les moines-soldats qu'on appelait les Templiers l'avaient habité. Il se nommait Villeneuve du Temple, comme s'il eût été une ville dans la ville.