Quand il ouvrit les yeux, il constata qu'une sorte de faible jour éclairait assez le cachot pour qu'il y pût voir.
Sa première idée fut d'examiner soigneusement la porte, puis l'étroite lucarne par où passait la lumière. Le vieux routier le laissa faire en secouant la tête. Lorsque le chevalier eut achevé son inspection, il se tourna vers son père.
—Ce que tu viens de faire, dit celui-ci, je l'ai fait pendant la première journée de mon emprisonnement. Et voici ce que j'ai pu apprendre: si nous parvenions à ouvrir la porte—et il nous faudrait pour cela dix à quinze jours de travail—nous tomberions dans un couloir qui n'a qu'une issue, laquelle est gardée par une trentaine d'arquebusiers...
—Et la lucarne? fit le chevalier avec un calme terrible.
—Regarde. Il faudrait desceller trois ou quatre de ces blocs cimentés pour arriver jusqu'aux barreaux, et alors il faudrait descendre dans la cour toujours pleine de gardes...
—N'y a-t-il donc aucun moyen? aucun espoir?...
—Aucun moyen d'évasion, dit le vieux routier. Et, quant à l'espoir, il ne nous en reste qu'un: celui de ne pas trop souffrir en mourant et de ne pas faire une trop vilaine grimace.
Avant de quitter le Temple, revenons pour quelques instants à cette violente figure de Montluc que nous n'avons fait qu'entrevoir. Après avoir fait conduire son nouveau prisonnier au cachot, le gouverneur du Temple était rentré dans son appartement. L'arrivée de Maurevert l'avait surpris en plein dîner; le prisonnier dûment verrouillé, Montluc reprenait tout simplement son dîner où il l'avait laissé.
—A boire! fit-il en se laissant tomber dans un fauteuil.
La salle à manger était vaste et riche. Au milieu de cette salle se trouvait une table bien éclairée, chargée de venaisons diverses et surtout de flacons de toutes dimensions. Trois couverts étaient mis: celui de Marc de Montluc et ceux de deux jeunes femmes qui, en le voyant entrer, lourd et pesant comme un homme qui ne veut pas tituber, se hâtèrent de remplir son gobelet, vaste récipient d'étain qui contenait une demi-pinte.