Ces deux femmes étaient à peine vêtues; leurs seins nus débordaient de leurs corsages ouverts; elles avaient les cheveux dénoues et le visage peint. Elles étaient jolies, malgré la flétrissure de la débauche; c'étaient deux fortes gaillardes, l'une rousse, d'un roux ardent comme une bête fauve, l'autre brune, avec une magnifique chevelure d'Espagnole.

La rousse se nommait tout simplement la Roussette, et elle-même ne se connaissait pas d'autre nom.

La brune s'appelait Pâquette.

Toutes deux étaient douées, inoffensives, très bêtes, même pas fières de la splendeur un peu fanée de leurs chairs, dociles et passives.

Marc de Montluc vida d'un trait le large et profond gobelet qui venait de lui être présenté, puis il répéta:

—A boire! J'ai l'enfer dans la gorge.

—Ce doit être ce jambon, observa la Roussette.

—Ou plutôt les épices de ce quartier de chevreuil riposta Pâquette déjà jalouse.

—Quoi que ce soit, j'enrage, mes mignonnettes, j'enrage de soif et d'amour.

—Buvez donc, monseigneur! dirent ensemble les deux ribaudes qui, saisissant chacune un flacon, se mirent à verser en même temps dans le fameux gobelet.