Ce repas, cette orgie plutôt, fut ce qu'il devait être Montluc qui était déjà ivre lorsque Maurevert était arrivé, eut de plus en plus soif. Les ribaudes, à force de boire, se firent bacchantes. Vers dix heures, elles avaient fini par laisser tomber les robes légères qui les couvraient encore; elles étaient entièrement nues et Montluc, faune formidable, s'amusait dans son énorme gaieté à les porter toutes les deux à bras tendus, la Roussette, à cheval sur le bras droit. Raquette, à cheval sur le bras gauche. Puis il s'amusa encore à les envoyer au plafond comme des balles et à les recevoir dans ses bras. Elles riaient, écorchées d'ailleurs et toutes contuses. Pâquette avait une plaie au front. La Roussette saignait du nez. La gaieté de Montluc devenait du délire. Parmi les vaisselles brisées, les flacons renversés, il imagina alors de lutter contre les deux ribaudes.
—Si je suis vaincu, hurla-t-il, je vous promets une récompense rare. Tête et ventre! La reine mère en serait jalouse!
La lutte commença aussitôt. Les deux ribaudes attaquèrent le colosse. Les trois nudités s'étreignirent en des enlacements furieux et formèrent un groupe cynique dont les attitudes furent des chefs-d'oeuvre d'insolente impudeur.
Le mâle se laissa terrasser, accablé de baisers, de morsures et de coups de griffe, remplissant la salle du tonnerre de son rire.
—Voyons la récompense! crièrent en choeur la Roussette et Pâquette.
—La récompense, bégaya Montluc, ah! oui...
—Est-ce le beau collier que vous nous fîtes voir?
—Non, par le diable, c'est mieux que cela!
—Doux Jésus, s'écria la Roussette, cette ceinture toute en soie bleue passementée d'or?
—Mieux encore, fit l'ivrogne en cherchant à rassembler ses idées, je veux... vous mener... écoutez, mes brebis...