—La tête de Coligny que je vous enverrai», répondit Catherine sans émotion.

Salviati, tout cuirassé qu'il fût contre la pitié, ne put s'empêcher de frissonner. Mais déjà Catherine ajoutait:

—Vous direz donc au Saint-Père que l'amiral n'est plus. Dites-lui aussi qu'il n'y a plus de huguenots à Paris.

—Madame!...

—Qu'il n'y a plus de huguenots en France! termina Catherine d'une voix funèbre.

En même temps, elle s'agenouillait sur son prie-Dieu et se prosternait. Salviati, pâle comme un mort, avait lentement reculé.

Nul n'avait remarqué son manège, excepté une personne qui paraissait plongée dans la plus évangélique méditation, mais qui, manoeuvrant son regard à droite et à gauche, ne perdait pas un détail de ce qui se passait autour d'elle.

Et cette personne, c'était l'épousée elle-même, la soeur de Charles IX, la fille aînée de Catherine.

Savante, sceptique, supérieure à son époque, capable de soutenir une conversation suivie en latin et même en grec, éprise de littérature, de moeurs faciles, Marguerite était l'antithèse vivante de sa mère. Elle avait horreur des violences, horreur du sang versé, horreur de la guerre. On peut sans doute lui reprocher d'avoir considéré la vertu domestique comme un préjugé. Mais nous voulons seulement retenir que Margot, jusque dans ses débauches, conserva une élégance d'attitude et d'esprit qui lui font pardonner bien des choses.

Le matin même, comme l'amiral Coligny arrivait au Louvre pour prendre sa place dans le cortège, il avait dit au roi: