—Sire, voilà certes un beau jour qui se prépare pour le roi de Navarre, pour moi, et pour tous ceux de ma religion.

—Oui, avait brusquement répondu Charles, car, en donnant Margot à mon cousin Henri, je la donne à tous les huguenots du royaume.

Cette boutade, qui disait clairement le peu d'estime qu'avait le roi pour la vertu de sa soeur, fut rapportée aussitôt à Marguerite qui, avec son plus charmant sourire, repartit:

—Oui-da, mon frère et sire a dit cela? Eh bien, j'en accepte l'augure, et ferai de mon mieux pour rendre heureux tous les huguenots de France.

Pendant la cérémonie, Margot, l'oeil aux aguets, surprit l'entretien de sa mère et de l'envoyé du pape. A ce moment, elle était agenouillée près d'Henri de Béarn, qu'elle poussa légèrement du coude.

Henri, un peu pâle et souriant quand même de son sourire narquois, étudiait, lui aussi, avec une ardeur parfaitement dissimulée, les gens qui l'entouraient.

—Monsieur mon époux, murmura Marguerite, tandis que l'archevêque psalmodiait, avez-vous vu ma mère causer avec le révérend Salviati?

—Non, madame, dit Henri à voix basse tout en paraissant écouter religieusement l'officiant. Mais, comme vous avez de bons yeux, j'ose espérer que vous me ferez part de ce que vous avez vu.

—Monsieur, reprit Margot, je n'ai vu et ne vois rien de bon autour de nous.

—Auriez-vous peur, ma mie? demanda bravement le Gascon.