—Mon enfant, dit la reine en prenant place dans son grand fauteuil, tandis qu'Alice avançait un coussin de velours sous ses pieds, mon enfant, vous ne quitterez pas le Louvre aujourd'hui, ou plutôt vous ne me quitterez pas...

—Cependant, madame...

—Oui, je sais ce que vous allez me dire: vous devez attendre le comte de Marillac ce soir à huit heures...

Alice jeta sur la reine un regard étonné. Catherine haussa les épaules.

—Est-ce que je ne sais pas tout? fit-elle avec bonhomie. Mais, puisque nous allons nous séparer sans doute, je veux vous parler avec entière franchise: c'est Laura qui m'a prévenue. Cette bonne vieille Laura qui vous avait inspiré tant de confiance, eh bien, elle me tenait tous les jours au courant de ce que vous disiez et faisiez... A l'avenir, Alice, soyez prudente dans le choix de vos amies et de vos confidentes.

Alice demeurait atterrée, reprise par cette épouvante insurmontable que lui inspirait Catherine.

—Cette Laura est une laide créature, continua la reine; chassez-la dès demain... Mais, pour en revenir à ce que je disais, je sais donc que vous avez donné rendez-vous au comte de Marillac pour ce soir, à huit heures. Il devait vous révéler le secret qu'il avait eu bien du mal à garder, le pauvre garçon!... Ce secret, je vais vous le dire: le comte devait vous conduire à minuit dans Saint-Germain-l'Auxerrois... savez-vous pourquoi?

—Non, madame, balbutia Alice.

—Enfant!... Je vous croyais plus perspicace... Eh bien, apprenez donc que j'ai tout fait préparer pour que votre union avec le comte soit couronnée ce soir...

L'espionne rougit et pâlit coup sur coup. Son coeur se dilata. Ses yeux se remplirent de larmes. Elle balbutia: