Alice n'eut pas un tressaillement.

Peut-être cette insensibilité absolue fut-elle une erreur de sa part. Peut-être eût-elle dû témoigner une respectueuse surprise.

La reine, qui la dévorait des yeux, poursuivit:

—J'ai un quatrième fils. Et celui-là est loin des marches du trône.

—Quoi! madame, s'écria enfin Alice, un des fils de Votre Majesté aurait donc été écarté dès sa naissance...

Exclamation d'une prodigieuse habileté qui arriva presque à convaincre Catherine.

—Vous n'y êtes pas, reprit celle-ci. Le fils dont je vous parle, c'est mon fils, mais ce n'est pas celui du roi défunt...

—Madame, balbutia Alice, est-ce bien à moi que Votre Majesté fait une si terrible confidence....

—Vous jugez donc que la chose est terrible? fit Catherine... Oui, vous avez raison... Car, si on savait qu'il y a un adultère dans la vie de la grande Catherine, s'il y avait de par le monde un homme qui puisse entrer un jour ici et revendiquer peut-être des droits de naissance, à coup sûr des droit du coeur... oui, ce serait horrible pour moi!... C'est cela que vous avez voulu dire, n'est-ce pas?...

—Madame, s'écria l'espionne affolée déjà, comment oserais-je me permettre une pareille pensée!