—En effet, gémit-elle au fond de sa conscience, je ne puis comprendre cela, moi! Moi qui vais partir, abandonnant mon enfant...

—Vois-tu, reprit la reine avec un sanglot, depuis des années et des années, c'est de cela que l'on me voit triste à la mort! Ce fils, Alice, il m'inspire une terreur insurmontable... et pourtant, je l'aime! Oh! si seulement je pouvais le bénir, l'embrasser à mon heure dernière... Comme je l'ai cherché... Comme je le cherche encore!...

Les mains jointes, les yeux humides, la voix brisée, la reine semblait oublier la présence d'Alice.

—Est-il plus effroyable supplice pour une mère! Passer sa vie à chercher l'enfant que l'on aime en secret sans même avoir la consolation de pouvoir avouer son amour maternel!... Que disais-je donc, Alice?... oui, c'est sur toi que je compte...

—Sur moi, madame, balbutia l'espionne.

—Ecoute! Quoi que tu en dises, Marillac connaît mon fils. Le comte, dans son extrême loyauté, ne t'a jamais entretenu de ce mystère... mais à quelques mots qui lui sont échappés, devant moi, je sais qu'il connaît mon fils!... Alors...

—Alors, madame? fit Alice toute palpitante.

—Eh bien, lorsque vous serez à Florence, tu lui arracheras ce secret... c'est le dernier service que je te demande, Alice!

Alice chancelait. Son esprit vacillait. Elle était comme un duelliste qui a reçu plusieurs coups et qui sent l'épée lui échapper des mains. Elle jeta un regard sur la reine et la vit livide.

—Hélas! reprit la reine dans un murmure, et en fermant les yeux, faible espoir! Qui sait si tu arriveras jamais à me faire connaître ce fils que je cherche en vain...