La réponse était si naturelle, si vraisemblable, que la reine reprit lentement sa place et murmura:

«Me suis-je trompée?...»

Mais c'était une habile tourmenteuse que Catherine de Médicis. Elle rassembla ses idées et, avec cette rapidité, cette lucidité qui la faisaient si redoutable, changea sur l'instant même son plan d'attaque.

—Oui, dit-elle avec une mélancolie profonde, je haïssais le comte de Marillac... Je ne le hais plus, Alice. Ne crois pas que ce soit pour toi que je lui ai pardonné... Je l'aime bien, c'est vrai, mais mon affection ne pouvait aller jusque-là... Non, si j'ai pardonné au comte, c'est que j'ai acquis la certitude qu'il n'a pas parlé, qu'il a enseveli en lui-même le terrible secret... Et puis, ce qui me rassure, c'est que je compte sur toi pour l'emmener loin de Paris...

L'espionne fut, dès lors, entièrement rassurée.

«Voilà donc la vérité! Je la vois clairement. La reine sait que son fils est vivant! Elle croit que Déodat connaît son fils. Elle me charge de l'entraîner loin de Paris. C'est simple. Mais que serait-ce donc si elle savait que ce fils... c'est Déodat lui-même!»

Dans cette dernière et suprême bataille entre les deux femmes, la reine fut la plus forte. Elle ne commit aucune faute. Alice en commit une terrible en oubliant de se demander pourquoi Catherine lui faisait de telles confidences.

Alors la reine acheva son évolution, ce qu'on pourrait appeler un mouvement tournant de la pensée; sans grand effort, ses yeux se remplirent de larmes et elle murmura:

—Hélas! mon enfant, qui pourra jamais sonder le coeur d'une mère? Ce fils, qui est une menace pour moi, ce fils dont j'ai peur, ce fils que je cherche à écarter de ma vie sans le connaître, eh bien, je donnerais tout au monde pour le voir... ne fût-ce qu'une fois! Oh! tu ne peux comprendre cela, toi.

Alice demeura écrasée.