Nul n'évite sa destinée, assurent les fatalistes. Il paraît que celle du malheureux Gillot était d'être tôt ou tard privé de ces deux vastes et larges ornements que la nature avait prodigalement octroyés à chaque face de son visage.
Une fois sa besogne accomplie, le hideux vieillard se mit à sourire.
Mais lorsqu'il vit son neveu inondé de sang, lorsqu'il le vit sans connaissance, il frémit et grommela:
«Diable! il ne faut pas que cet imbécile meure tout de suite. Il est mon témoin devant le maréchal!»
Il s'empressa donc de courir à l'office et en rapporta de l'eau, du vin sucré, un cordial, des compresses.
Lorsqu'il eut bien lavé les deux plaies, lorsqu'il les eut cautérisées au vin sucré, lorsqu'il les eut bandées convenablement, il introduisit une gorgée de cordial entre les lèvres du patient et aspergea son visage d'eau fraîche.
Gillot revint à lui, ouvrit des yeux hagards et, croyant avoir fait un cauchemar, son premier geste fut de porter les deux mains à ses oreilles. Elles n'y étaient plus!...
Gillot poussa un lamentable gémissement.
—Qu'as-tu donc à te plaindre? fit l'oncle avec cette intonation narquoise qu'on prête à Satan dans les vieilles légendes.
—Hélas! répondit Gillot, comment vais-je faire pour entendre, à présent?