—Prends garde, Gillot, ricana l'oncle.

—Ah!... quel drôle de rire... vous avez... j'ai peur...

Gilles riait de son effroyable rire. Il était livide. La pensée d'avoir à livrer trois mille écus d'or l'affolait. Et la pensée que Gillot pourrait le dénoncer au maréchal, s'il ne s'exécutait pas, lui paraissait non moins effrayante.

—Ecoute, Gillot, dit-il tout à coup, veux-tu me donner de bon coeur cet argent dont tu ne saurais que faire?

—Fou! bégaya Gillot, mon pauvre oncle est devenu fou...

Gillot ne put achever. Le vieillard s'était précipité sur lui et, d'un tour de main, l'avait bâillonné. Puis, saisissant une corde que sans doute il avait préparée d'avance, il le lia sur son fauteuil.

Cela s'était fait si vite que Gillot, soudain dégrisé par l'épouvante, se vit dans l'impossibilité de faire un mouvement en même temps qu'il voulut essayer de se défendre.

Quant au vieillard, il marmottait des mots sans suite, allant et venant comme un lutin, plaçant dans une armoire les écus que Gillot avait jetés sur la table, sauf un petit tas. Quand cette opération fut terminée, quand il eut refermé l'armoire, Gilles se retourna vers son neveu et le débaillonna.

Gillot en profita pour se mettre à hurler; Gilles attendit patiemment. Quand son neveu eut compris que ses lamentations étaient inutiles, quand il se tut, Gilles lui dit paisiblement:

—Te voilà enfin raisonnable. Tiens, tu vois ce tas? C'est ta part: cinquante écus. Le reste est pour moi.