Catherine le prit par la main, le conduisit jusqu'au cadavre d'Alice, et lui dit:
«Elle est morte, mon pauvre marquis... Vous voyez, il l'a tuée... J'ai assisté, impuissante, à ce meurtre... Lorsqu'il a vu le papier que vous teniez dans vos mains raidies, il s'en est emparé... il l'a lu... jamais je ne vis fureur pareille... en quelques instants, la malheureuse enfant, lacérée, déchirée comme vous voyez, est tombée sous ses coups... Mais vous êtes vengé... quelques gentilshommes qui m'avaient escortée... l'ont vu sortir sanglant, hagard, ils ont cru qu'il venait de me frapper moi-même, et, à cette heure... le cadavre de Marillac roule parmi les flots de la Seine... Adieu, marquis... je laisse le corps de cette pauvre fille à vos soins pieux... que Dieu ait pitié de son âme...
Catherine, alors, se recula, pareille à un fantôme qui rentre dans les ténèbres d'où il est sorti un instant pour quelque maléfice; quelques instants plus tard, seule, à pied, sans escorte, son poignard à la main, vaillante comme un reître, l'âme gorgée d'horreur, paisible et forte, elle se glissait par les rues et rentrait en son hôtel.
Panigarola demeuré seul se pencha sur le cadavre d'Alice.
Sa main se posa sur le sein nu et glacé: rien ne palpitait plus sous ce sein de neige, Alice était bien morte.
Le moine, se redressant, regarda autour de lui comme pour chercher quelque chose. Ayant trouvé, sans doute, il se dirigea vers le bénitier, y trempa son mouchoir de fine batiste, et revenant au cadavre se mit à laver doucement les taches de sang.
Bien que l'obscurité fût profonde, excepté au-dessous de la pâle veilleuse, il semblait y voir parfaitement et, dans ses allées et venues, marchait sans hésitation, sans bruit.
Par trois fois, il retourna au bénitier tremper son mouchoir.
Le bénitier, dès lors, parut plein de sang.
Par un hasard assez inexplicable, Alice n'avait aucune plaie au visage, et le sang qu'elle y portait provenait des blessures qui avaient labouré ses épaules, sa gorge et sa poitrine.