Lorsqu'il eut achevé de laver toutes ces plaies, le moine contempla un instant le cadavre: le visage pâle d'Alice apparaissait dans l'indécise clarté de la veilleuse, avec sa merveilleuse beauté pour ainsi dire idéalisée.

Panigarola, cependant, avait examiné les blessures, l'une après l'autre.

Il y en avait dix-sept. C'étaient de longues déchirures à fleur de peau, aucune n'avait pénétré aux sources de la vie.

Le moine secoua la tête et murmura:

«Pas une de ces blessures n'était mortelle...»

Continuant son funèbre examen, il remarqua à l'index de la main droite une bague dont le large chaton était comme crevé. A grand-peine il retira la bague du doigt qui se raidissait déjà.

Alors, il illumina un cierge et, avec une sorte de curiosité morbide, il étudia la bague.

Dans le chaton éventré, il aperçut quelques grains d'une poudre blanche; il rajusta les bords du chaton, de façon que le reste de poudre ne pût s'en échapper, et plaça la bague à son petit doigt.

«L'anneau des fiançailles», dit-il.

Revenant à Alice, il essaya de la recouvrir tant bien que mal; mais, comme il ne pouvait arriver à rejoindre les lambeaux lacérés du corsage, il se dépouilla de sa robe de gros drap brun et en enveloppa le cadavre.