C'est à peine s'il pensait. Son bras droit s'arrangea sous le cou de la morte. Ses yeux grand ouverts cherchaient à la voir. Et, dans ces yeux, il n'y avait ni haine ni amour, seulement une pitié infime.

A vingt pas de là, le fossoyeur écroulé au pied de la croix de bois, hagard, livide, le cou tendu vers la fosse, attendait. L'heure convenue s'écoula. Puis une autre. La tempête, lentement, s'apaisa. Et ce fut seulement au jour venu, au moment où, dans un ciel pur, lavé par les grands souffles, monta la lumière du soleil levant, ce fut alors seulement que le vieillard se traîna jusqu'au bord de la fosse et y jeta un regard empreint de cet étonnement indicible que causent les visions des rêves tragiques.

Les deux cadavres tournés visage contre visage les yeux ouverts, la bouche crispée, semblaient se regarder, se sourire, et se dire des choses mystérieuses et douées.

Le vieillard se dépouilla du surtout en peau de mouton qui couvrait ses épaules et le plaça sur les deux visages.

Puis, en hâte, il commença à remplir la fosse à pelletées rapides.

XXIII

LES AMOURS DE PIPEAU

Depuis la disparition du chevalier de Pardaillan, un des personnages les plus affairés, les plus occupés, les plus actifs de Paris, c'était certainement maître Pipeau.

Ce chien, qui avait le mensonge dans la peau, qui était voleur comme six tire-laine, avait d'abord trouvé dans l'hôtel Montmorency le paradis que peut rêver un chien. Par intrigue, ruse et astuce, il s'était mis au mieux avec le maître queux de l'hôtel; il avait persuadé à ce cuisinier, un peu faible d'esprit d'ailleurs, qu'il avait pour lui une amitié sans borne. Pur mensonge! Pipeau méprisait parfaitement le cuisinier, mais il adorait sa cuisine.

«Comme il m'aime! répétait le digne homme. Toujours dans mes Jambes! Il ne me quitte plus!»