Qu'eût-il dit, s'il avait connu la véritable pensée de Pipeau?
Mensonge, la queue, le moignon de queue qui remuait frénétiquement! Mensonge, le bon regard où il eût été impossible de démêler la moindre ironie! Mensonge, cette langue qui léchait avec componction les mains du brave homme et la sauce qui y restait souvent! Mensonge ces petits abois amicaux, ces cabrioles qui secouaient de rire la panse du maître queux!
Mais comment celui-ci aurait-il deviné la malice, l'hypocrisie et le mensonge du chien?
Pipeau acceptait rarement un morceau, si friand fût-il, des mains du cuisinier: il y avait à cela une raison toute simple, mais qui fut toujours ignorée de cet homme. Pipeau se servait lui-même.
En cachette, au bon moment, il prenait ce qui lui convenait. Et c'était ainsi bien meilleur.
«Il n'est pas gourmand, disait le maître queux. Il m'aime pour moi-même.»
Pas gourmand! Justes dieux, c'est ainsi que se font les réputations bonnes ou mauvaises! Pipeau pipait tout ce qu'il pouvait. Pipeau mettait l'office au pillage. Pipeau, fidèle à ses instincts, passait son temps à voler. Il devenait gras. Il devenait insolent.
Mais Pipeau n'était pas seulement un chien voleur, un effronté, un menteur, comme nous croyons l'avoir prouvé en diverses circonstances. Lorsque nous présentâmes ce personnage au lecteur, il nous souvient d'avoir affirmé que c'était un chien paillard.
Ajoutons que nous eussions fait le silence sur les amours de Pipeau, si le récit de ces amours n'était lié à des scènes importantes de notre récit.
Donc, Pipeau, dans l'hôtel Montmorency, était le chien le plus heureux de la création.