Coligny l'avait spécialement chargé d'armer les vaisseaux qui devaient servir, car on comptait attaquer le duc d'Aïbe par terre et par mer, et le vieux La Garde s'était acquitté de sa mission avec le plus grand zèle: la flotte était prête.

Cet homme avait-il eu vent de quelque trahison? Avait-il flairé les projets de Catherine?

C'est probable. Mais, courtisan avisé autant que guerrier sans peur, il gardait pour lui ses impressions.

Coligny eut avec lui un long entretien qui dura deux heures.

Ceci se passait dans l'antichambre même du roi, en une embrasure de fenêtre où La Garde avait tiré un fauteuil. Et c'est sur ce fauteuil que Coligny avait déroulé ses plans. Ils avaient fini par se mettre à genoux tous les deux près du fauteuil, pour examiner de plus près une carte que l'amiral avait étalée.

Et ils étaient si profondément plongés dans leur étude qu'ils ne virent pas la reine Catherine de Médicis sortir des appartements du roi, traverser l'antichambre, saluée au passage par les gentilshommes présents, et s'enfoncer dans une galerie, lente, pâle, glaciale comme un spectre sous ses vêtements noirs.

Depuis la terrible scène de Saint-Germain-l'Auxerrois, Catherine paraissait troublée.

Parfois, elle s'arrêtait court dans les longues promenades solitaires qu'elle faisait dans son oratoire, et qui se fût trouvé près d'elle l'eût entendue murmurer alors:

«C'était mon fils...»

Était-ce donc le remords qui avait forcé les portes de cet esprit jusqu'alors fermé, solidement verrouillé?