Charles IX remercia Henri d'un geste gracieux et reprit:
—Amiral, je veux reprendre ma revanche sur mon rêve. Venez.
—Mais, sire, dit Coligny, Votre Majesté n'ignore pas que je n'ai jamais tenu une raquette...
—Allons bon! Et moi qui comptais vous battre!
—Sire, dit alors Téligny, si Votre Majesté le permet, je serai en cette occasion le tenant de M. l'amiral, que j'ai bien le droit d'appeler mon père, et je relèverai en son nom le défi.
—Vrai Dieu, monsieur, vous êtes un charmant homme et vous me faites grand plaisir. Amiral, nous causerons ce soir de choses sérieuses, car je vois aux redoutables papiers que vous tenez sous le bras, que vous me vouliez faire travailler. Vous me pardonnez, n'est-ce pas, mon bon père?
Et le roi, sifflant une fanfare de chasse, descendit au jeu de paume, suivi de tous ses courtisans. Deux camps furent formés et la partie commença aussitôt par un coup superbe du roi qui excellait véritablement à cet exercice.
Coligny était demeuré avec quelques gentilshommes et le vieux général des galères La Garde, qu'on appelait familièrement le capitaine Paulin.
Antoine Escalin des Aismars, baron de la Garde, était un soldat d'aventure. Pauvre, né de parents obscurs, il s'était élevé de grade en grade jusqu'au titre de général des galères, qui correspond à peu près à ce que nous appelons un contre-amiral.
C'était un homme froid, sans scrupule, féroce dans la bataille, catholique enragé par politique plutôt que par dévotion: mais il avait conçu pour Coligny une sorte d'admiration et d'estime; il s'intéressait fort à la campagne projetée, espérant y conquérir quelque nouvelle faveur.