—L'édit concerne tous les Parisiens, sans exception?

—Oui, monsieur: hormis les gentilshommes.

—Très bien, sire; seulement, je ferai remarquer à Votre Majesté que, depuis quelque temps, il n'est pas un Parisien qui se montre sans armes, dans les rues.

—Voilà qui prouve combien nos commandements royaux sont respectés. Que voulez-vous dire? Qu'il sera difficile d'arrêter tous les Parisiens armés? On les arrêtera, s'il le faut!... D'ailleurs, rassurez-vous, monsieur le chancelier; quelques exemples suffiront, deux bonnes douzaines de pendus, accrochés à nos fourches, inspireront de salutaires réflexions. Allez, mon sieur.

Birague s'inclina et sortit.

—Messieurs, continua le roi en s'adressant à ses courtisans, je veux qu'on fasse bon visage aux huguenots, et, si l'on tire l'épée, que ce soit pour notre service et le bien du royaume, et non pour continuer des guerres intestines. Les huguenots sont maintenant de nos amis, je veux qu'on le sache!

Là-dessus, Charles IX fit un signe et la foule des courtisans s'empressa de sortir.

Le roi, demeuré seul, se jeta dans un fauteuil et se mit à songer:

«Par la mort-Dieu, je voudrais que la peste étouffât le truand qui a tiré sur l'amiral!... Voilà la campagne retardée... Et, pourtant, mon salut est dans cette guerre qui entraînera hors du royaume tous les huguenots, à la suite de leur chef... Qu'ils s'en aillent guerroyer aux Pays-Bas, et voilà ma tranquillité assurée. Combien en reviendra-t-il?... Coligny me trahit-il comme madame la reine le prétend? C'est possible! Mais la meilleure manière de me débarrasser de lui et de tous ses acolytes, n'était-ce pas de lui donner une armée pour l'envoyer loin du royaume? Lui parti, Henri de Béarn tenu en laisse par Margot, qui m'aime, je n'avais plus que Guise devant moi, et j'en eusse fait bon marché... Voilà ma politique, à moi. Elle vaut bien celle de ma mère!...»

Charles IX demeura enfermé deux heures dans son cabinet, montrant par là la douleur que lui causait l'événement.