Puis, ayant dîné en hâte, il fit savoir à Catherine et à son frère, le duc d'Anjou, qu'ils eussent à se préparer pour l'accompagner chez l'amiral.
Bientôt, la litière se mit en route, escortée par une compagnie que commandait de Cosseins, le capitaine des gardes du roi. Pendant tout le trajet, le duc d'Anjou et Catherine affectèrent de parler continuellement d'un miracle qu'on avait constaté, à Saint-Germain-l'Auxerrois:
Trois jours auparavant, le mardi, de grand matin, le sacristain, étant entré dans l'église, avait vu le bénitier tout plein de sang, alors que, la veille au soir, il était rempli d'eau. Il s'agissait d'un miracle. Et tout ce sang avait été pieusement recueilli dans des ampoules, qu'on avait portées à Notre-Dame.
A ce signe, il était impossible de ne pas connaître la volonté divine: Dieu voulait du sang!
Charles IX avait écouté tout cet entretien, sombre et silencieux, se demandant peut-être s'il n'était pas dans l'erreur, et si le temps n'était pas venu de donner satisfaction à Dieu.
Cependant, lorsque la litière arriva devant l'hôtel de Coligny, le roi, secouant la tête, parut se reprendre, et, se penchant, prononça les paroles que nous avons signalées et qui furent accueillies par des cris frénétiques de: «Vive le roi!».
Coligny était couché lorsque Charles IX, Henri d'Anjou et Catherine entrèrent dans sa chambre. La pâle figure du blessé rayonna de joie. Le roi courut à lui et l'embrassa en disant:
—J'espère que ce misérable se balancera bientôt au bout d'une corde. J'espère que votre précieuse vie n'est pas en danger.
—Sire, dit Ambroise Paré qui se trouvait près du lit, je réponds de la vie de M. l'amiral. Dans quinze jours, il sera sur pied...
—Sire, dit à son tour Coligny, la joie que me cause la marque d'intérêt qui m'est donnée par mon roi fera beaucoup pour ma guérison.