A dix heures, elle se retira dans son appartement, en disant à haute voix:

—Bonne nuit, messieurs de la réforme, je vais prier pour vous...

A minuit, tout paraissait dormir dans le Louvre...

XXV

LA NUIT TERRIBLE

Le roi était couché depuis une heure et ne dormait pas encore... Il méditait. Et, chez cet être maladif, nerveux à l'excès, la méditation prenait tout naturellement sa forme la plus poétique et peut-être la plus féconde c'est-a-dire la forme imaginative.

Ce n'étaient pas des raisonnements qui se présentaient à son esprit, mais des images.

Il revoyait la foule tumultueuse des huguenots ces visages bouleversés de fureur, ces épées qui s'agitaient dans la rue de Béthisy, puis l'apaisement, dès qu'il avait promis de venger l'amiral. Et l'ovation de la journée, ce triomphe qu'on lui avait décerné, lui inspirait autant de reconnaissance que de fierté.

Charles avait vingt ans: c'était un enfant. C'était un roi. Double raison pour excuser en lui l'égoïste vanité d'avoir entendu tant de cris qui se traduisaient par ce mot: «Vive moi!...»

Puis, il revoyait Coligny tout pâle dans son lit, et il repoussait l'idée que cette physionomie sévère, mais loyale, put être une figure de traître. Presque aussitôt une image en appelant une autre, c'était sa mère qui passait sur l'écran de son imagination. Rassuré par l'image de Coligny, il frémissait devant celle de sa mère... Et il évitait de se demander pourquoi.