Guise lui apparaissait alors, éclatant d'orgueil, rayonnant de beauté, magnifique, souriant et vigoureux, autant que lui, pauvre petit roi, était chétif, triste et maladif... «Oui certes. Guise serait un roi plus royal que moi!...», et une révolte le faisait se redresser.
Puis, il s'apaisait en appelant à son aide le tableau de l'armée partant pour la guerre, la multitude des hommes d'armes défilant devant lui, Coligny, les huguenots, et Condé, Guise, tous, tous ceux qu'il redoutait de lui-même ou qu'on lui avait appris à redouter, tous, jusqu'à son frère d'Anjou, s'en allant aux pays lointains d'où, peut-être, ils ne reviendraient pas...
C'était sa grande trouvaille, cela. C'était sa politique.
Et alors, autour de lui, la paix, la tranquillité, l'amour de Marie Touchet.
Charles ferma les yeux et sourit doucement.
Alors, le sommeil le gagna.
C'était ainsi toutes les nuits; les rêveries qui précèdent le sommeil chez tout homme qui s'endort, aboutissent fatalement au point central de ses inquiétudes du jour. Chez Charles, après des méandres, la rêverie aboutissait toujours à Marie Touchet.
Charles était donc dans cet état où la vie réelle se fond en une sorte de torpeur, lorsqu'un grattement, à une porte, le ramena violemment à la conscience des choses qui l'entouraient.
Il se souleva sur un coude et écouta.
Il y avait trois portes à sa chambre: une grande, qu'on ouvrait à deux battants, pour laisser entrer les courtisans au moment de son lever, et deux petites. L'une de celles-ci donnait sur un cabinet particulier par où le roi pouvait passer dans sa salle à manger. L'autre donnait sur un long et étroit couloir dérobé, dont deux personnes seules, au Louvre, pouvaient faire usage: sa mère et lui.