—Je tombe de sommeil et de fatigue...

Marie Touchet s'était assise sur ses genoux et caressait doucement les cheveux de Charles.

—Raconte-moi tes peines, disait-elle. Comme tu es pâle!... Qui t'a encore tourmenté?... J'espère que tu n'as pas eu de crise, au moins?...

—Eh bien, si, j'ai encore eu une crise, et elle a été terrible... Ce qui est affreux, vois-tu, c'est qu'il y a quelque chose de nouveau dans mon mal... Je sens que mon esprit est atteint... ma cervelle se détraque... lorsque je sens la crise venir, il entre en moi comme un souffle de haine furieuse contre l'humanité... Dans ces minutes-là, je voudrais détruire tout ce qui m'entoure, mettre le feu à Paris comme je t'ai dit que cet empereur fît de Rome, frapper, tuer... Ah! Marie, on m'a trop dit que les rois ne sont forts que lorsqu'on les redoute, lorsqu'ils tuent... et cela, vois-tu, m'est entré dans le sang...

—Allons, tout cela passera... Il ne te faut qu'un peu de repos...

—Oui... du calme... du repos... Mais où en trouver hormis ici? Je suis entouré de conspirateurs.

—N'y songe pas en ce moment. Prends ici, du moins, le peu de repos qui calme ta pauvre chère tête... plains-toi, dis-moi ce que tu as souffert, mais ne me dis pas ce que tu redoutes... Tu es le roi... nul n'oserait te toucher...»

Elle parla ainsi longuement de sa voix douce, le berçant, le consolant...

Mais, cette fois, le roi ne voulait pas être consolé. Trop de choses et des choses trop terribles se préparaient autour de lui. Et, comme il n'osait en parler, il se mit à raconter que le parti des Guises travaillait à sa perte et que sa mère avait découvert la preuve de la conspiration, et que, ce matin même, on allait questionner deux dangereux acolytes de Guise.

—Voici neuf heures, termina-t-il. Dans une heure, ces maudits Pardaillan auront tout avoué, et je saurai la vérité.