Ruggieri fut secoué d'un tressaillement.
—René, dit-elle, tu vois bien que le Ciel lui-même condamne cet homme...
—Notre fils...
—Eh bien, laissons sa destinée s'accomplir; ne nous mêlons pas de discuter les arrêts prononcés par les puissances; il sait que je suis sa mère, et c'est pour cela qu'on le condamne.
Catherine disait: on, parce qu'elle ne savait pas au juste si elle devait dire Dieu ou Satan.
—On le condamne alors que je rêvais pour lui un avenir royal. N'en parlons plus, René... Mais l'autre!... Cette femme qui sait aussi! tu viens d'entendre: Jeanne d'Albret connaît ce secret... Et celle-là, René, c'est moi qui la condamne! Je la tiens. Je rêve de nettoyer d'un seul coup le royaume que je destine à mon fils. Je rêve de rétablir l'autorité de Rome pour consolider l'autorité de mon Henri. J'ai sondé Coligny; j'ai sondé le Béarnais, j'ai étudié tous ces seigneurs qui encombrent la cour et la ville de leur morgue. René, je te le dis, tous, depuis leur reine jusqu'au dernier gentilhomme, tous ont le germe de la révolte. Ce n'est pas seulement contre l'Eglise qu'ils s'élèvent comme une menaçante barrière; l'autorité royale de France leur pèse; là-bas, dans leurs montagnes, ils ont pris des habitudes d'indépendance, et plus d'un se dit huguenot qui est tout bonnement révolté. René, si je ne détruis pas la réforme, c'est la monarchie elle-même qui sera quelque jour réformée. Commençons donc par frapper à la tête. Jeanne d'Albret, c'est la tête du protestantisme. Jeanne d'Albret connaît mon secret. En la supprimant, je me sauve et je sauve l'Eglise et l'État.
Ayant ainsi parlé, Catherine de Médicis entraîna Ruggieri hors de la tour.
—Ne devions-nous pas examiner les astres? fit celui-ci.
—Cet examen devient inutile. Je sais ce que je voulais savoir.
Ils traversèrent la partie des jardins où ils se trouvaient et parvinrent à un petit bâtiment d'allure élégante, placé à une centaine de pas de la tour. Il se composait d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage. Catherine l'avait fait construire pour servir de logement à son astrologue. C'était une gracieuse maison brique et pierre blanche, avec balcon ventru en fer forgé. Une belle porte cintrée, en chêne orné de gros clous à tête, des fenêtres à vitraux délicats, une façade contre laquelle grimpaient des rosiers touffus, achevaient de donner à cette demeure une apparence de coquetterie.