—Madame, dit Guise d'une voix altérée, lorsque Nancey fut sorti. Votre Majesté sait qu'elle peut faire état de moi pour le service du roi aussi bien que pour la défense de la religion...
—Je le sais, monsieur le duc. Aussi, croyez bien que, si vous n'aviez vous-même choisi votre besogne dans le grand oeuvre qui se prépare, c'est à vous que j'eusse demandé de prendre le commandement du Louvre.
Guise se mordit les lèvres jusqu'au sang: il s'était enferré lui-même.
—Madame, reprit-il, il ne me reste plus qu'à vous demander la faveur de vouloir bien recevoir l'homme à qui j'ai donné des ordres pour la nuit prochaine.
—Qu'il vienne!» dit Catherine.
Guise alla ouvrir la porte d'un couloir et fit un signe. Une sorte de colosse à figure niaise et poupine, aux mains énormes, aux yeux ronds à fleui; de tête, bleu faïence, au front bas et têtu, entra en se dandinant.
Cet homme s'appelait Dianowitz. Mais, comme il était d'origine bohémienne, le duc de Guise, selon l'usage qui faisait nommer les domestiques du nom de leur province, l'appelait Bohême et, par abréviation, simplement Bême.
La reine regarda le géant avec une admiration exagérée. Le géant sourit et caressa sa moustache.
—Tu t'es chargé de quelque chose pour cette nuit? demanda Catherine.
—De tuer l'Antéchrist, oui. Si Votre Majesté veut, je lui coupe la tête.