Catho prit une lanterne et descendit à sa cave; elle vit qu'il ne lui restait plus une bouteille de vin, plus un flacon de liqueur! Elle remonta dans le cabaret, pénétra dans l'office et vit qu'il ne lui restait plus un jambon, plus un morceau de pain, plus une volaille, plus un pâté!... Elle monta à sa chambre, ouvrit ses armoires et vit que, depuis deux jours, elle avait vendu ce qu'elle possédait pour en faire de l'argent... Elle ouvrit l'armoire où elle avait placé son argent, vit qu'il ne lui restait plus un sou...
«Bah!» dit-elle simplement.
Alors, elle prit une forte dague qu'elle plaça à sa ceinture, sortit, ferma la porte du cabaret dévasté, plaça les clefs sous la porte et s'éloigna à son tour.
XXIX
CE QU'IL Y AVAIT DANS LE SILENCE
La nuit était claire; c'est-à-dire que le ciel, constellé du zénith jusqu'à l'horizon, paraissait tout pâle, de cette pâleur indécise et tendre de la toute première aube Pourtant l'aube était loin encore.
Catho marchait, étonnée de cette majestueuse sérénité; bien que son âme inculte et farouche fût peu apte à regarder face à face les beautés insondables, elle levait parfois la tête vers le zénith diamanté; puis peut-être parce qu'elle ne pouvait saisir l'émotion qui tombait de ces harmonies, elle baissait son regard en frissonnant.
Seulement, elle pensait:
«Comme la nuit est belle!»
Elle s'étonna que Paris fût aussi profondément silencieux.