Sur un signe de Catherine, Ruggieri ouvrit une vitrine au moyen de la clef qu'il portait suspendue à son cou, sous son pourpoint.
Catherine se pencha, et murmura:
—Choisissons!... Qu'est-ce que cette aiguille, René, cette jolie aiguille d'or?...
René s'était penché, lui aussi. Leurs deux têtes se touchaient presque.
Celle de Catherine, à ce moment, était hideuse;, parce qu'elle riait. Au repos, la tête de la reine présentait un caractère de sombre mélancolie qui n'allait pas sans grandeur. Quand elle souriait, elle parvenait à être gracieuse comme au temps de sa jeunesse où son sourire avait été chanté par tous les poètes. Mais quand elle riait d'une certaine façon, elle devenait effrayante.
Quant à Ruggieri, il n'y avait plus ni douleur ni inquiétude sur son visage, où éclatait le sauvage orgueil du savant qui contemple son oeuvre.
—Cette aiguille? dit-il avec un sourire d'affreuse modestie. Cueillez un fruit, madame, par exemple, une belle pêche bien mûre et dorée; enfoncez cette aiguille dans sa chair savoureuse; voyez, l'aiguille est si mince qu'il sera impossible d'apercevoir la trace de son passage dans le fruit. D'ailleurs, le fruit n'en sera nullement gâté, Seulement, la personne qui aura mangé cette pêche sera prise, dans la journée, de nausées et de vertiges; le soir, elle sera morte.
—Ah! ah!... Et ce liquide épais dans ce flacon, ce liquide qui ressemble à de l'huile?
—C'est, en effet, de l'huile, madame. Si, lorsqu'on prépare la veilleuse de Votre Majesté, on mélangeait douze ou quinze gouttes de cette huile à l'huile de la veilleuse. Votre Majesté s'endormirait comme d'habitude sans éprouver ni angoisse ni malaise. Seulement, elle s'endormirait un peu plus viee que d'habitude... et elle ne se réveillerait plus.
—Admirable, René! et cette série de minuscules flacons?