Ruggieri n'était nullement ému.

La douleur paternelle disparaissait dans l'effort cérébral du savant.

Et cet effort devait être énorme. Car, pendant plusieurs heures, le mage demeura pétrifié dans une immobilité telle qu'on l'eût pris pour un autre cadavre, si une espèce de tremblement n'eût parfois agité ses mains. Il était d'ailleurs aussi pâle que le mort qu'il étudiait. Mais ses yeux laissaient échapper une flamme ardente.

A un moment de cette sinistre méditation, il bredouilla quelques mots:

«Il a perdu tout son sang... l'opération n'en est-elle pas simplifiée?... je recoudrai toutes ces plaies, sauf une... celle-ci... qui a ouvert la carotide... c'est par là que je dois faire la transfusion...»

A un autre moment de la journée, il murmura:

«Nostradamus ne m'a-t-il pas affirmé qu'il avait obligé le corps astral d'un de ses enfants à demeurer près de lui pendant plus d'un mois?... Et, moi-même, n'ai-je pas vu tressaillir à diverses reprises les cadavres que je voulais ranimer? Est-ce que le corps astral n'était pas là, alors, qui essayait de réintégrer sa demeure charnelle?»

A l'heure où la nuit commençait à tomber, Ruggieri se leva brusquement, courut à une vaste armoire pleine de livres et de manuscrits, et il se mit à la fouiller fébrilement.

Il tremblait convulsivement et répétait:

«Oh! je le trouverai... je le trouverai....»