Au bout de quelques minutes, son visage se détendit, ses yeux reprirent leur position naturelle, son bras droit retomba pesamment, le livre s'échappa de sa main gauche et roula sur le parquet.

Regardant dans le cercle de lumières, Ruggieri ne vit plus rien: la forme blanche avait disparu.

Mais il sourit et murmura:

«Je ne suis plus en état de voyant; donc, je ne vois pas; mais il est là; le corps astral de mon fils est là; et il ne sortira que lorsque je le voudrai!»

Ruggieri subit alors, et d'une façon soudaine, la réaction de l'état morbide où il s'était placé par suite d'un phénomène de volonté connu et décrit par tous les anciens auteurs des sciences ésotériques, mais que la médecine moderne a inventé... en lui donnant le nom tout battant neuf d'autosuggestion.

Pendant quelques minutes, il demeura tremblant, vacillant, agité de frissons fiévreux. Mais, bientôt, il se remit, et, courant aux volumes qu'il avait jetés sur le parquet, il saisit l'un d'eux et sortit rapidement de son laboratoire.

Le cadavre demeura seul sur la table de marbre, tandis que les sept flambeaux continuaient à brûler.

Ruggieri était entré dans sa chambre à coucher et, ayant allumé une lampe, se mit à parcourir le volume qui portait ce titre: Traité des fardements.

C'était une oeuvre de Nostradamus, publiée à Lyon en l'an 1552.

«Voilà, murmura Ruggieri, voilà ce que me laissa en mourant mon bon maître Nostredame. Que de fois j'ai lu et relu ces lignes tracées par sa main quelques heures avant sa mort! Que de nuits j'ai passées sur ces pages qu'il m'a sans doute laissées pour que je pusse tenter sa réincarnation!... Je la tentai. Par trois fois, j'entrai dans son tombeau, là-bas, dans l'église de Salon... mais je n'avais pas de sang à lui transfuser... Lisons encore... essayons!...»