—Je vous reconnais, dit-il, bien que vous ayez fort changé. C'est vous qui vîntes me voir en mon taudis qui se trouva fort honoré de votre visite. C'est vous qui me posâtes de ces questions étranges, comme de me demander en quelle année j'étais né et si j'étais libre... C'est vous qui me donnâtes ce joli sac contenant deux cents beaux écus de six livres parisis. C'est vous qui m'ouvrîtes la porte de la maison du Pont de Bois où vous m'aviez donné rendez-vous... Mon père, saluez cet homme: c'est un des plus hideux coquins dont puisse se glorifier une truanderie. Savez-vous pourquoi il m'amena à l'illustre et généreuse Catherine, reine de par le diable? C'était pour me prier d'assassiner mon ami, le comte de Marillac!
Une terrible secousse fit bondir l'astrologue.
Ses yeux se gonflèrent, comme s'il allait pleurer.
Mais il ne pleura pas. Il éclata d'un rire sinistre et grinça:
—Moi! Moi! Tuer Déodat! Fou! Triple fou!... Ah! si Déodat n'était mort, si je n'avais enfermé son corps astral dans le cercle magique...
Il n'acheva pas.
Le chevalier l'avait saisi par le bras. Il secoua violemment ce bras.
Vous dites, gronda-t-il, vous dites que le comte est mort!...
—Mort! répéta Ruggieri hagard, une lueur de folie dans les yeux. Mort!... heureusement, je tiens les deux corps, le corps matériel et l'astral... jeune homme, c'est pour cela que je suis ici... votre main, je vous prie...
Le chevalier avait croisé les bras, et sa tête s'était inclinée sur sa poitrine.