—Si loyal, murmura-t-il, si brave et si jeune!... Et si bon!... Mort!... Tué sans doute par cette femme!... Mon père, mon père, vous avez trop raison... il y a trop de loups et de louves de par le monde...

—Pardieu! fit le vieux routier qui tournait avec curiosité autour de Ruggieri. Quand je te le dis, chevalier! Des loups, certes, il y en a à foison. Et des hiboux... tiens, comme monsieur que voici... fi! la vilaine bête... vous sentez la mort, monsieur; allez-vous-en!...

—Monsieur, dit timidement Ruggieri, voulez-vous me donner votre main?...

Il parlait au chevalier, et sa voix avait une si étrange douceur, elle implorait avec tant de tristesse, que le chevalier, lentement, décroisa les bras et dit:

—Quoi que vous ayez fait, monsieur, je crois que vous pleurez, mon pauvre ami... voici ma main.

Ruggieri avait saisi la main droite que le chevalier, croyant qu'il voulait simplement la serrer par communauté d'affliction, lui avait tendue. Cette main, il l'avait ouverte, et, projetant sur la paume la lumière de la lanterne, il l'étudiait, il en inspectait les lignes.

Déjà, Ruggieri avait oublié ce sentiment de douleur paternelle qui s'éveillait en lui. Il était tout à sa folie, à l'affreuse pensée qui le guidait.

—Voici la preuve! hurla-t-il. Voici votre ligne de vie qui va se perdre dans la ligne que j'ai retrouvée dans la main de Déodat! Voici, tenez...

Il eût sans doute révélé l'abominable, la monstrueuse espérance de réincarnation, mais le vieux Pardaillan, exaspéré par l'accent funèbre de cette voix, avait saisi Ruggieri au col; il le secoua un instant et, finalement, d'une secousse, l'envoya rouler sur la porte du cachot.

Ruggieri se leva lentement et jeta sur le chevalier un dernier regard si étrange que celui-ci en frissonna; puis, ouvrant la porte, il disparut.