Le grand carnage huguenot, la grande hécatombe humaine venait de commencer!

XXXIII

LE ROI QUI RIT

Charles IX se trouvait dans sa chambre à coucher. Il ne s'était pas déshabillé. Mais il était assis dans un vaste et profond fauteuil où il paraissait plus petit encore plus malingre et chétif. Ses deux lévriers favoris Nysus et Euryalus, étaient couchés à ses pieds et dormaient d'un sommeil inquiet.

Au premier coup de tocsin, il eut comme un long frisson.

Le bourdon de Saint-Germain-l'Auxerrois se mit alors à gronder et à mugir, comme une bête fauve encagée bondit a tort et à travers.

Nysus et Euryalus, debout soudain, firent entendre un long grognement de colère et de peur. Charles IX les appela; ils sautèrent sur le fauteuil, chacun d'un côté; il saisit leurs deux têtes fines et soyeuses, les pressa contre sa poitrine pour sentir quelque chose de vivant et d'ami.

Toutes les cloches de Paris, tous les tocsins s'étaient mis a répondre au tocsin enragé de Ruggieri.

Le roi, lentement, se souleva, se mit debout. Il courut enfoncer sa tête sous les oreillers du lit; mais le hurlement était plus fort; les vitraux tremblaient; les flambeaux grelottaient; les meubles trépidaient... Alors il se redressa, leva la tête, voulut braver les hurlements; sa bouche crispée laissa échapper des malédictions sourdes; puis il cria plus fort; puis il se mît à vociférer, il hurla à l'unisson des cloches, et ses deux chiens hurlèrent. Le roi vociférait:

—Gueuses! vous tairez-vous! Assez! Assez! Gueuses! cloches d'enfer! Je veux qu'on les fasse taire! Oh! les cloches! Elles crient plus fort, je ne veux pas! Ne tuez pas!