Dix-sept ans et plus de malheur n'avaient pu la terrasser.

Une seconde de joie la tua.

Mais, par une consolante miséricorde de la fatalité qui s'était acharnée sur elle,—si toutefois il est des consolations dans ces drames atroces de la pensée humaine!—par une sorte de pitié du sort, disons-nous, la folie de Jeanne la ramenait aux premières années de sa radieuse jeunesse, de son pur amour, dans ces chers paysages de Margency, où elle avait tant aimé...

Pauvre Jeanne! Pauvre petite fée aux fleurs!

L'histoire injuste ne t'a consacré que quelques mots arides. Pour le rêveur qui aime à pénétrer d'un pas hésitant dans les sombres annales du passé, qui cherche en tremblant parmi l'amas des décombres, l'humble fleurette qui a vécu, aimé, souffert, tu demeures un pur symbole de la souffrance humaine, et nous qui venons de retracer ta douleur, nous saluons d'un souvenir ému ta douce et noble figure.

Lorsque le maréchal de Montmorency revint à lui il se souleva sur un genou et, jetant à travers la salle le regard étonné de l'homme qui croit sortir d'un rêve, il vit Jeanne assise dans un fauteuil, souriante la physionomie apaisée, mais, hélas! les yeux sans vie.

Une jeune fille agenouillée devant elle, la tête cachée dans les genoux de la folle, sanglotait sans bruit.

François se releva et s'approcha, en titubant, de ce groupe si gracieux et si mélancolique.

Il se baissa vers la jeune fille et la toucha légèrement à l'épaule.

Loïse leva la tête.