Dans cette journée, Pardaillan père eut avec le maréchal une mémorable conversation. Le chevalier s'était retiré dans la chambre qu'il occupait à l'hôtel. Loïse venait de se retirer auprès de sa mère. Le vieux Pardaillan demeura seul avec le maréchal et, voyant sortir Loïse, entama héroïquement la question qui lui tenait au coeur:

—Charmante enfant, dit-il, et que vous devez être bien heureux d'avoir retrouvée, monseigneur.

—Oui, monsieur. Heureux au-delà de toute expression.

—Puisse-t-elle, s'écria le vieux renard, trouver un mari digne d'elle! Mais je doute qu'il existe un homme digne de posséder une beauté aussi accomplie...

—Cet homme existe pourtant, dit simplement le maréchal. Je connais un personnage étrange qui apparaît comme un type achevé de bravoure et de finesse. Ce qu'on m'a raconté de lui, ce que j'en ai su par moi-même fait que je me le représente comme un de ces anciens paladins du temps du bon empereur Charlemagne. C'est à cet homme, mon cher monsieur de Pardaillan, que je destine ma fille.

—Excusez ma hardiesse, monseigneur, mais le portrait que vous venez de tracer est si beau que j'éprouve un impérieux désir de connaître un tel homme. Serais-je très indiscret si je vous demandais son nom?

—Nullement. Je vous ai, à vous et à votre fils, de telles obligations, que je ne veux rien vous cacher de mes chagrins et de mes joies. Vous le verrez, monsieur, car j'espère bien que vous assisterez au mariage de Loïse...

—Et il s'appelle? demanda Pardaillan.

—Le comte de Margency, répondit le maréchal en fixant son regard sur le vieux routier.

Celui-ci chancela. Il avait reçu le coup en plein coeur.