—Ah! râla le jeune homme, j'ai perdu le meilleur de moi-même.»
Il retomba à genoux près du corps de son père et, la tête dans les mains, se prit à pleurer... Une heure se passa... Lorsque le chevalier regarda autour de lui, il vit que quelques paysans du village s'étaient approchés, avec une torche, des bêches... sans doute le maréchal les avait appelés pendant sa longue défaillance.
Il colla ses lèvres sur le front glacé du vieux routier et murmura un adieu suprême...
Alors il se releva et, comme les paysans commençaient à creuser une fosse sous le grand hêtre, près de la source, le chevalier les écarta doucement, saisit lui-même la bêche, et, tandis que de grosses larmes traçaient leur sillon le long de ses joues, il se mit, de ses mains, à creuser la tombe de son père... la dernière auberge du vieux coureur de routes!...
Un des paysans, de sa torche, l'éclairait de reflets rouges.
Les autres, le bonnet à la main, regardaient en silence... Au-dessus de cette scène tragique, le ciel déroulait ses splendeurs paisibles et là-bas, au-delà des plaines qui s'étendaient au bas de la colline, Paris rougeoyait comme une fournaise immense, et il semblait que toutes les cloches sonnaient le glas de l'héroïque Pardaillan...
Vers deux heures du matin, la fosse fut assez profonde.
Le chevalier de Pardaillan ne pleurait plus; mais une pâleur terrible avait envahi son visage; il prit son père dans ses bras et le coucha au fond de la fosse.
A ses côtés il plaça le tronçon de rapière qui, n'avait pas quitté le vieux lutteur.
Puis il le couvrit soigneusement, et lui-même, doucement, commença à ramener du gazon, des feuillages, puis de la terre; alors, il sortit de la fosse qu'il commença à combler... Au bout d'une demi-heure, tout était fini!...