La voiture de Marie Touchet s'ébranla.
Entraigues demeura un moment sur place pour voir quels étaient ces cavaliers si pressés qui accouraient dans un nuage de poussière. En tête de ce groupe, en avant de plus de cinquante pas, galopait un homme qu'Entraigues ne tarda pas à reconnaître.
Il pâlit et murmura:
—Le roi de Pologne ici[2]!... Ah! maintenant je vois bien que Charles va mourir, puisque les corbeaux accourent!
Note 2:[ (retour) ] Le duc d'Anjou. On sait qu'Henri d'Anjou, frère de Charles, était monté, peu après la Saint-Barthélémy, sur le trône de Pologne. On sait que, prévenu en toute hâte par Catherine de Médicis, de la fin prochaine de Charles IX, il quitta secrètement la cour de Pologne et arriva à Vincennes juste à temps pour voir mourir son frère, et recueillir sa couronne sous le nom de Henri III.
Alors, d'un temps de trot rapide, il rejoignit la voiture de Marie Touchet et rentra avec elle dans Paris.
Charles IX était demeuré avec sa nourrice.
—Comme il ferait bon vivre! murmura-t-il. Oh! vivre dans la paix des champs, n'être plus roi, n'être plus le misérable que je suis, ne plus deviner les poignards dans l'ombre, ne plus redouter le poison dans le pain que je mange. Oh! mon rêve de roi!... Vivre! oh! vivre encore!... Seigneur! un peu de paix, par pitié!...
Deux larmes coulèrent le long de ses joues amaigries.
—Madame la reine ne vient pas? demanda-t-il.