La reine approuva d'un geste.
—Ce qui a exaspéré Paris, continua Guise en s'échauffant, c'est l'hypocrisie de ce roi qui tantôt se donne à la Ligue et tantôt aux huguenots, c'est sa dépravation incroyable qui le fait s'entourer de mignons, c'est enfin l'immense souffle du royaume indigné réclamant un roi, un vrai roi...
—Et ce vrai roi... C'est vous!...
—Moi, madame!... Moi... ou un autre! gronda Guise perdant toute mesure. Il faut sauver la France...
—Et le sauveur, c'est vous!...
—Moi, madame... Moi... ou un autre! Qu'importe, pourvu que l'antique renom de la France ne sombre pas à tout jamais dans le ridicule et la honte des orgies, entremêlées de processions hypocrites!...
—Tout ce que vous venez de dire, fit la reine, je le pensais. Mille fois j'ai prévenu mon fils. Hélas! on ne m'a pas écoutée... N'en parlons plus: je suis trop vieille et trop fatiguée pour lutter encore. Mais j'avoue que je mourrais le désespoir dans l'âme de voir passer le trône à un hérétique... à ce Béarnais maudit qui, en ce moment même, rassemble à La Rochelle une formidable armée...
Guise pâlit et chancela presque sous le coup terrible que Catherine venait de lui porter. Henri de Béarn, roi de Navarre, était le seul qui pût lui tenir tête.
—Hélas! continua-t-elle, qui donc est capable d'arrêter le huguenot dans sa marche à la couronne?... Mon fils en fuite, presque proscrit, sans soldats, ne peut rien... Et vous, mon cousin, comment feriez-vous la guerre au Béarnais?
—Ah! Madame, je mettrai le royaume à feu et à sang... mais Henri de Navarre n'arrivera pas à Paris!...