«Le front du père se voile; l'aveugle tourne autour de lui son regard mort, comme s'il espérait voir... Voir! oh! s'il avait vu!...—«Ma fille, mon enfant, es-tu bien sûre qu'il n'y a personne ici?...»—«Sûre, mon père! oh! tout à fait sûre!...»—«Jure-le, mon enfant!... Car je sais que tu as l'âme haute et pure et tu ne voudrais pas te charger d'un tel parjure!...» Jurer! Jurer cela! sur les cheveux blancs de l'aveugle!... le regard de la jeune fille va chercher le regard de l'amant, et le regard de l'amant répond: Jure, mais jure donc!...—Et alors, sous le regard de l'amant, la jeune fille dit: «Mon père, sur vos cheveux blancs, sur la sainte Bible, je jure qu'il n'y a personne ici que nous deux...» Et le pauvre père sourit. Et il demande pardon à sa fille. Et elle, la parjure, sent que le malheur, désormais, va la saisir...»

Saïzuma se tut. Et peut-être y avait-il eu une brusque saute de direction dans l'esprit de Saïzuma.

D'une voix changée, emphatique et théâtrale, elle s'écria:

—A force de regarder en moi-même au fond du cachot j'ai appris à regarder dans l'âme des autres. Seigneurs et hautes dames, la bohémienne sait tout, et l'avenir pour elle n'a pas de voiles. Qui veut connaître son avenir?

—Moi, moi! cria une ribaude qui tendit sa main.

—Tu vivras longtemps, dit Saïzuma, mais tu ne seras jamais ni riche ni heureuse.

—Malédiction! gronda la ribaude.

Mais déjà Loïson tendait sa main sur laquelle Saïzuma jetait un coup d'oeil.

—Prends garde à celui que tu aimes, dit-elle, il te fera du mal.

—Bon! grogna le Rougeaud, ce sera pain bénit.