—Marie, dit-elle, vous êtes la forte tête de votre famille. C'est grâce à vous que les Valois s'éteindront et que la dynastie des Guise montera sur le trône, De vos trois frères, l'un, Mayenne, est trop gras pour avoir de l'esprit; l'autre, le cardinal est un soudard brutal; le troisième, enfin, le duc, est stupide d'amour. Vous seule, mon enfant, savez tout voir et tout comprendre. La situation est dangereuse. Voulez-vous tout sauver d'un coup?...

—Je suis prête, madame... ordonnez... que faut-il?...

—Il faut, dit Fausta, qu'Henri de Valois meure. C'est très joli de vouloir tondre, et vous avez une grâce infinie à agiter vos ciseaux d'or. Mais, si Henri III ne meurt pas, c'est une affreuse catastrophe que vous préparera Catherine!

—Et qui sera l'exécuteur, madame? balbutia la duchesse.

—Vous! répondit Fausta.

La duchesse de Montpensier pâlit.

—Voici la situation, dit froidement Fausta. Henri de Guise a juré à la Médicis d'attendre patiemment la mort d'Henri III. A ce prix, on lui a promis que le roi le désignerait pour son successeur. Valois peut vivre dix ans, vingt ans, malgré toutes les apparences. Et ne vécût-il même que quelques mois, c'en est assez. La vieille reine saura mettre ce temps à profit et fomentera la destruction des Guise comme elle a fomenté la destruction des Châtillon. Choisissez donc: ou de tuer, ou d'être tuée... Il faut agir, continua âprement Fausta. Si vous reculez maintenant, prenez garde, vous allez tomber.

—Tuer, murmura Montpensier, tuer de mes mains! Oh! je n'aurai jamais ce courage...

—Valois aura donc le courage de faire rouler votre belle tête sous la hache du bourreau! Insensée! Famille d'insensés qui ne veut pas voir! C'est un duel à mort que vous avez engagé. Si Henri III et la Médicis ne meurent pas, c'est la famille des Guise qui va s'éteindre. Adieu, mignonne!

—Madame, s'écria la duchesse hors d'elle-même, un seul mot: je suis prête à agir!