—Ainsi, Pardaillan, dit le duc d'Angoulême, vous pensez que cette Saïzuma en sait plus long qu'elle n'a voulu d'abord vous en dire?...
—J'en suis sûr, dit Pardaillan. Et voilà maître Picouic qui, ayant vécu avec elle, vous dira... tiens! tiens!
Ces derniers mots, le chevalier les avait prononcés au moment où il se renversait sur le dossier de son siège, pour examiner à la lumière la couleur du vin qu'il allait boire. Dans ce mouvement, sa tête s'était levée et ses yeux avaient rencontré, au haut de l'escalier de bois, Maineville et Bussi-Leclerc. Pardaillan se mit à rire et désigna les deux hommes à Charles, qui bondit sur son épée.
—Messieurs, dit Pardaillan, si le coeur vous en dit, je vous invite!...
Maineville et Bussi-Leclerc étaient braves. Ils n'avaient devant eux que trois hommes; la même idée leur vint: s'emparer de Pardaillan et de ses deux compagnons, les amener pieds et poings liés au duc de Guise.
Ils se levèrent, saluèrent et Maineville dit poliment:
—Monsieur de Pardaillan, ce sera avec plaisir que nous trinquerons avec vous si vous voulez porter la santé de M. le duc de Guise et nous accompagner ensuite auprès de lui.
Charles voulut s'élancer. Mais Pardaillan le retint.
—Monsieur de Maineville, dit-il, ce serait avec plaisir que je porterais la santé de votre maître si je ne craignais de désobliger M. d'Angoulême, que voici, et qui, je ne sais pourquoi, ne peut souffrir les Lorrains; quant à vous accompagner auprès de M. de Guise, c'est encore plus impossible, vu que nous n'avons pas fini de dîner.
—C'est avec désespoir que nous interrompons votre dîner dit alors Bussi-Leclerc.