A ces mots, les deux hommes, l'épée à la main, se précipitèrent et Bussi-Leclerc porta sur le crâne de Picouic un tel coup de pommeau que le pauvre tomba évanoui. Pardaillan se jeta au pied de l'escalier, leur coupant ainsi toute retraite. Tout cela s'était passé en quelques secondes: Maineville se trouva en garde devant le duc d'Angoulême, Pardaillan devant Bussi-Leclerc... Au même instant, les épées s'engagèrent. Bussi-Leclerc porta coup sur coup deux ou trois de ses meilleures bottes; à son étonnement, elles furent parées par le chevalier.
—A vous, monsieur, je vous tue! rugit Bussi-Leclerc en se fendant à fond par un coup droit.
—Bravo, mon prince, dit Pardaillan qui, dédaignant de lui répondre, avait vivement paré. Poussez... c'est cela... fendez-vous... touché!
Maineville, touché au bras, saisit son épée de la main gauche et, furieusement, il attaqua Charles, tandis que Bussi-Leclerc, ivre de rage devant le dédain de son adversaire, portait de son côté à Pardaillan des coups jusqu'ici réputés mortels.
—Allons, allons! il faiblit, disait Pardaillan en s'adressant à Charles, et comme si Bussi-Leclerc n'eût pas existé... Ne le tuez pas, mort-diable!... j'ai une idée... liez-lui sa rapière... bon!... ah! désarmé!... tenez-le!... ficelez-le-moi! nous allons rire!...
En effets Charles, à ce moment, venait de désarmer Maineville qui, glissant sur le parquet, était tombé sur un genou. Il lui mettait sa pointe sur sa gorge et lui disait:
—Vous rendez-vous, monsieur?...
—Je me rends, fit Maineville, pâle du sang qu'il avait perdu, plus pâle encore de honte et de fureur.
A ce moment, Picouic, revenu de son évanouissement, se relevait, courait à Maineville, saisissant un paquet de cordelettes à nouer les sacs de blé, et, en quelques secondes, le ficelait proprement. Alors seulement Pardaillan regarda son adversaire qui, écumant, bondissait autour de lui, et de sa voix la plus paisible:
—Et vous disiez donc, cher monsieur...