—Ce beau cavalier est sans doute de l'escorte qui vient de s'arrêter devant le porche?
—En effet, je suis de la suite de la princesse, et j'ai ordre de venir la retrouver.
—Si vous allez chez l'abbesse, vous n'avez qu'à suivre ces deux soeurs...
Les deux soeurs étaient vêtues en religieuses. Elles marchaient lentement, la tête baissée et les bras croisés. Car, dans ce couvent, il y avait quelques soeurs demeurées pures.
Entre ces deux femmes, marchait, silencieuse, la bohémienne au masque rouge... Saïzuma. Claude les laissa passer. Il se mit à les suivre. Les deux religieuses frappèrent à une porte qui s'ouvrit. Alors elles prirent chacune Saïzuma par une main et entrèrent. Quelques instants plus tard, elles sortirent seules et s'éloignèrent lentement. Alors maître Claude s'approcha de la porte. Mais là, il s'arrêta et passa ses deux mains sur son front. La facilité avec laquelle il marchait à l'événement terrible lui causait une angoisse qu'il n'eût pas éprouvée s'il lui avait fallu traverser mille dangers...
Claude avisa à quelques pas une porte entrouverte; il y alla, et se trouva dans une étroite pièce sans meubles où régnait une demi-obscurité. Dans cette solitude, Claude, les bras croisés, se prit à songer. Que venait-il faire là?...
Tuer. Ou tout au moins s'emparer d'une femme qu'il allait livrer au prince Farnèse. Une haine terrible l'animait contre Fausta. La meurtrière de sa fille devait mourir. Mais il lui semblait que des souvenirs s'agitaient au fond de sa mémoire.
«Cette bohémienne, qui marche entre deux religieuses, a une allure que je reconnais, songea maître Claude.
Il médita longtemps sur ce sujet, ayant oublié à ce moment Farnèse et Fausta. Puis se décida.
Les deux religieuses conduisant Saïzuma étaient entrées chez l'abbesse.